Poisson d'Avril

1er avril 2022

 

Un drone pour la police intercommunale

En septembre dernier, la communauté de communes "Terre d'Émeraude" a décidé de créer une police intercommunale.

Mais face à la vaste étendue de la communauté de communes (92 communes, 980 km2, 20% du territoire du département Jura), les durées d'intervention des 2 policiers à travers les routes sinueuses de la Petite Montagne sont extrêmement longues. De plus, l'augmentation du prix des carburants grève considérablement le coût de fonctionnement du service.

C'est pourquoi il a été décidé d'équiper la police intercommunale d'un drone longue distance. En effet, l’emploi d’un appareil télépiloté réduit les délais d’appréciation d’une situation et augmente la rapidité de réponse des policiers en leur permettant de

  • diriger et coordonner les forces en intervention
  • détecter, localiser, identifier et surveiller des personnes
  • constater des infractions et matérialiser la preuve pénale
  • justifier de la légalité et de la légitimité des actions des forces de l’ordre

La communauté de communes n'a pas lésiné sur les moyens et va se doter du meilleur équipement civil : le DragonFish d'Autel Robotics, qui possède des fonctionnalités proches des drones militaires (3h d'autonomie, transmission video jusqu'à 30km).

 

Afin de financer cet équipement, une option logicielle va être développée spécifiquement pour notre communauté de communes : une reconnaissance automatique des piscines, des vérandas et des abris de jardin sera couplée à la base de données d'urbanisme, pour vérifier si les déclarations de travaux ont bien été déposées. Dans le cas contraire, les photos aériennes permettront de verbaliser automatiquement les contrevenants.

Un radar embarqué permettra également de détecter les excès de vitesse des bateaux à moteur sur le lac de Vouglans.

 

Le coût de cet équipement est somme toute modeste : 300.000€ qui comprend, outre la formation des policiers à l'utilisation de ce drone, une camera infrarouge capable de lire une plaque d'immatriculation à 700m de distance. Une subvention sera accordée par le Préfet qui va suivre avec zèle l'utilisation de cet équipement dans la logique de l'admirable politique menée par Gérald Darmanin pour surveiller les Français.

Cet usage est désormais autorisé grâce aux nombreux dispositifs sécuritaires (Loi sécurité globale, Loi sur la sécurité intérieure) votés sous la présidence de notre bien-aimé guide suprème Emmanuel Macron.

Voilà enfin des mesures concrètes pour répondre à la préoccupation de nos maires qui veulent garantir la sécurité de leurs concitoyens, face aux hordes de barbares étrangers qui viennent troubler notre tranquillité !

 

 

15 avril 2022

Cet article est évidemment un poisson d'Avril. Néanmoins, il n'est pas loin de la réalité, puisque l'idée insensée que la police puisse surveiller la population avec des drones était bien inscrite dans le projet de loi "Sécurité globale" adoptée par le Parlement le 15 avril 2021. Cette disposition a été une première fois censurée par le Conseil Constitutionnel, après l'avis très critique de la Défenseure des Droits.

Souriez : vous êtes filmés !

Mais la folie sécuritaire qui anime le gouvernement et les députés macronistes les a poussés à adopter le 16 décembre 2021 la loi Responsabilité pénale et sécurité intérieure. Ce texte fourre-tout voté par à peine 48 députés (sur 577 !) légalise de nombreuses dispositions relatives à la captation d’image par les forces de l'ordre, notamment, à la faveur d’un amendement sénatorial, l'usage de drones par la police nationale et la gendarmerie, dans certaines conditions, avec l'autorisation préalable du Préfet.

Ce texte a été qualifié "d'insécurité pour les droits humains" par Amnesty International. Et le Conseil constitutionnel, saisi par parlementaires de gauche, a retoqué une nouvelle fois la disposition pour les policiers municipaux.

Cette décision a provoqué la colère de certains maires fascisants, comme à Nice, qui avaient équipé leur police municipale de drones, en toute illégalité.

Une dérive autoritaire inquiétante

Depuis 20 ans, les élections existent mais la compétition électorale est restreinte. La France a évolué vers un régime de plus en plus autoritaire, et, sous prétexte d'états d'urgence qui demeurent permanents, les libertés (d'expression, d'association, d'aller et venir, de la presse…) ont été amoindries par des lois liberticides, au point que le bâtonnier des avocats de Paris s'inquiète du fait que la France pourrait légalement basculer dans la dictature en une semaine.

A l'heure où j'écris ces lignes, alors que l'extrème droite est aux portes du pouvoir, cette alerte fait froid dans le dos.

 

Vers la reconnaissance faciale ?

La folie paranoïaque de nos dirigeants les conduira-t-elle vers l'ultime outil de leur fantasme sécuritaire : la légalisation de la reconnaissance faciale et le tracking de chaque individu ? Ces technologies sont maitrisées aujourd'hui, et Big Brother n'est plus de la science fiction.

"Ceux qui peuvent renoncer à la liberté essentielle pour acheter un peu de sécurité temporaire, ne méritent ni la liberté ni la sécurité." Benjamin Franklin