8 août 2021

Renouveler la démocratie locale

Abstention : le symptôme d’une démocratie à bout de souffle

Après les élections municipales marquées en 2020 par l'épidémie de Covid, 2 électeurs sur 3 ne se sont pas déplacés pour aller voter aux élections départementales et régionales de juin 2021. 82% chez les moins de 35 ans. 84% chez les 18-24 ans ! L’abstention atteint un niveau record sous la Ve République et ne cesse de progresser. Ce phénomène alarmant révèle l’ampleur du fossé qui se creuse entre les Français et leurs représentants, de plus en plus “mal élus”.

Quelle est la légitimité de ces représentants choisis par une minuscule fraction de la population ?

Taux de participation aux élections à Orgelet

Malgré le constat de la désertion des isoloirs, les responsables politiques se contentent d’exprimer leur inquiétude, mais, une fois élus, ils ne prennent jamais de mesures concrètes, à la hauteur des enjeux, pour recréer de la confiance.

Aujourd’hui, face à cet effondrement démocratique, il faut adopter des mesures d’urgence permettant aux Français de retrouver intérêt et confiance dans leur système politique. Si rien n’est fait, notre république défaillante va glisser rapidement vers un système de plus en plus autoritaire et vertical.

I. Sociologie de l'abstention

Au delà d'une abstention structurelle liée aux erreurs d'inscription (estimé à 5%), à l'abstention involontaire (maladie, absence) ou à la revendication d'un acte politique (par certains anarchistes notamment), un des premiers facteurs d'abstention est le manque d'intégration sociale : les électeurs jeunes, les chômeurs, les membres des milieux populaires les plus pauvres ont tendance à s’abstenir davantage que les classes aisées. L'augmentation de l'abstention parmi ces catégories sociales est un signe alarmant du délitement de notre société.

I.1. L'abstention chez les jeunes

éducation civique

En premier lieu l'augmentation de l'abstention chez les jeunes est symptomatique de trois phénomènes : d'une part, cela montre qu'il faut renforcer l'éducation civique ; le premier objectif de l'école républicaine est de former des citoyens ; or depuis des décénnies, l'école n'a cessé de favoriser des disciplines "individuelles" (sports, arts, langues étrangères) au détriment des disciplines classiques qui forment le creuset républicain (français, Histoire, géographie). Il est urgent de REPLACER LA RÉPUBLIQUE AU CENTRE DE L'ÉCOLE.

D'autre part, les jeunes se sentent de plus en plus en précarité dans notre société : le nombre d'étudiants obligés de travailler pour financer leurs études est en constante augmentation ; par ailleurs, il est scandaleux que le RSA ne soit accessible qu'à l'âge de 25 ans alors qu'on est censé être citoyen depuis l'âge de 18 ans ; enfin le chomage des jeunes est sans doute le facteur d'exclusion sociale le plus flagrant.
Mais surtout l'abstention croissante chez les jeunes montre qu'ils ne croient plus à notre société consumériste et aspirent à de nouveaux modèles. Tatiana Ventôse exprime particulièrement bien cet état d'esprit.

I.2. L'abstention dans les classes populaires

Les « perdants de la mondialisation », jadis acquis à la gauche, trahis en 1995 par Chirac qui promettait de réduire la "fracture sociale", ont ensuite constitué les bataillons électoraux de l’extrême droite pour exprimer leur légitime colère.

Aujourd'hui ils se détournent du processus électoral ; sans espoir démocratique d'améliorer leur condition sociale, ils n'auront bientôt plus que la rue pour tenter de changer les choses à travers des jacqueries dont le mouvement des gilets jaunes n'a été que le prémisse.

II. Les causes de l'abstention

II.1 Le désintérêt pour la politique

De nombreux citoyens se détournent de la politique, car ils s'en sentent éloignés. Ils considèrent à juste titre que leurs avis et leurs préoccupations ne sont pas assez pris en compte, et que les processus politiques actuels ont tendance à les exclure des prises de décisions.

Le camouflet reçu par les Français en 2005, dont le NON au référendum a été baffoué, est encore dans tous les esprits.

II.2 Le manque d’informations

Les media ont une part de responsabilité dans ce désintérêt, en privilégiant la recherche de la polémique pour faire de l'audience au lieu d'organiser de vrais débats de fond.

Par ailleurs, les institutions ne fournissent pas une information claire sur le fonctionnement de notre démocratie. Le fiasco de la distribution de la propagande officielle des dernières élections en est l'ultime exemple.

II.3 Une culture politique insuffisante

Il n'y a plus en France de véritables penseurs de la politique, comme ce fut le cas dans la seconde moitié du XXe siècle où des intellectuels comme Sartre, Camus, Aron, Foucault, Levi-Strauss et bien d'autres, enrichissaient, par leurs idées, le débat politique.
Aujourd'hui, nous n'avons plus que des bouffons qui s'écharpent sur les plateaux de télévision pour faire le buzz ou de soi-disant philosophes dont le narcissisme et la chemise blanche cachent mal la pauvreté de la pensée.
Seuls Michel Onfray, Emmanuel Todd et Thomas Piketty proposent aujourd'hui une réflexion politique originale. Hélas ces troublions sont écartés des media "mainstream" dirigés par une poignée d'oligarques qui façonnent les courants de la pensée dominante ultralibérale.

II.4 Une manifestation de mécontentement

La principale cause de l'augmentation de l'abstention est le dégoût et l'écœurement des citoyens devant l'impuissance des hommes politiques qui apparaissent soit comme des êtres cyniques avec leurs promesses électorales sans lendemain, soit comme des traitres à leur propre camp, ou pire comme les marionnettes de Bruxelles aux mains d'un utralibéralisme devenu fou.

Le plus dramatique est que, pour nos responsables politiques, la leçon n'est toujours pas tirée. A peine élus, plutôt que de se mettre au travail, certains présidents de Région sont déjà entrés en lice pour l'élection suivante, considérant nos régions comme de vulgaires tremplins au service de leurs ambitions...

Et que dire de nos députés jurassiens, ou plutôt devrais-je dire nos cumulards jurassiens, puisque les trois représentants du Jura au Palais Bourbon se sont fait réélire au conseil départemental du Jura (1) (2) ou au conseil régional.
Comme si député du Jura pouvait être une fonction à mi-temps... Sont-ils des êtres surhumains doté du don d'ubiquité ? Que Nenni ! NOS TROIS DÉPUTÉS ÉTAIENT ABSENTS LORS DU VOTE POUR L'ADOPTION PASS SANITAIRE, dernier exemple en date de leur absentéisme sur les bancs de l'Assemblée Nationale.

III. Les conséquences de l'abstention

Nos responsables politiques, de plus en plus mal élus, sans aucune légitimité populaire, n'ont plus qu'une seule alternative pour gouverner : la verticalité du pouvoir qui s'exprime par un despotisme des élites, décrit avec une incroyable clairvoyance par Toqueville, qu'il est urgent de relire pour sauver notre démocratie.

IV. Peut-on lutter contre l'abstention ?

Certains proposent le vote obligatoire comme dans certains pays. Mais quelle est la légitimité d'un scrutin dont le résultat dépend d'électeurs qui sont allés voter sans savoir pourquoi, et qui improvisent dans l'isoloir ? Par ailleurs, ce serait un comble d'imposer le vote par la contrainte à une Nation dont le premier mot de la devise est Liberté !

D'autres suggèrent de mettre en place le vote électronique et le vote par correspondance. Les risques de fraude et de manipulation sont hélas trop grands.

Il n'y a que deux manières de lutter contre l'abstention :

IV.1 Reconnaitre le vote blanc comme suffrage exprimé

Face à la crise de l'offre politique, le vote blanc reconnu comme suffrage exprimé permettrait aux citoyens de montrer que le choix qui leur est soumis n'est pas satisfaisant, et que le débat politique doit évoluer vers de nouvelles propositions.

Les détracteurs du vote blanc invoquent le risque d'une instabilité politique. Certes ; mais cela ne ferait peut-être pas de mal à notre démocratie, comme le montre l'exemple de la Belgique qui s'était retrouvée sans gouvernement pendant 511 jours.

Personnellement, je suis favorable à cette disposition, et je suis à l'origine de la pétition officielle pour la reconnaissance du vote blanc déposée à l'Assemblée Nationale, que je vous invite à signer.

IV.2 Démocratie directe, référendums et "votations"

L'exemple d'une des plus anciennes et des meilleures démocraties du monde est sous nos yeux, de l'autre côté de la frontière, en Suisse, qui combine démocratie directe et démocratie représentative.
Les "votations", qu'elles soient sous forme de référendums ou d'initiatives populaires, alimentent de façon quasi continue des débats politiques approfondis sur les affaires de la cité. Les processus référendaires déplacent les enjeux des questions de personnes aux questions politiques, ce qui distingue singulièrement la Suisse de la vie politique française polarisée par l'ambition de certaines personnalités.

En Suisse, la démocratie est l'art de gouverner par la discussion.

La démocratie directe ne repose pas sur l’illusion que les citoyens garantissent la « bonne décision », mais elle postule que les citoyens sont plus aptes que des élites congénitales à décider des affaires de la cité. La démocratie n’est pas un sport de spectateurs, ni une affaire de professionnels, mais une activité citoyenne.

Ce mode de démocratie directe est tout-à-fait possible à l'échelon local en France, depuis la révision constitutionnelle de 2003 qui prévoit la possibilité d'organiser des référendums locaux.

 

V. Discutons-en

 

La démocratie vous intéresse et vous aimeriez exprimer votre point de vue ?
Rencontrons-nous, échangeons nos idées et nos opinions avant que notre démocratie ne soit plus qu'un regretté souvenir.

francois@bonneville.nom.fr